Une e-réputation, ça ne se nettoie pas, ça se construit.
Posté le 15 April 2010 par Nicolas Vanbremeersch dans la catégorie : Sur le Web
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J’intervenais ce matin au colloque “e-réputation et identité numérique des organisations“, au GFII. Le rapport du groupe de travail du GFII est très intéressant (PDF disponible ici) , représente une belle somme de travail, et serait à mettre entre beaucoup de mains, pour ceux qui veulent comprendre les risques de la réputation des entreprises (ou institutions) en ligne.
Au-delà de quelques cas, j’ai insisté, lors de mon intervention, sur deux points. Ils me semblent importants, sur ce sujet qui l’est autant, et surexposé actuellement.
1. Nettoyeur de e-réputation ? Une farce.
De nombreux sujets de media couvrent ce nouveau métier, promis à un grand succès… médiatique : nettoyeur de e-réputation. Je n’ose citer ces entreprises. J’ai déjà eu affaire à des clients qui avaient fait appel à leurs services. Voilà des gens qui surfent sur un besoin clairement identifié, une peur, un désarroi, de nombreuses entreprises ou personnalités, qui googlent leur nom, et découvrent des horreurs. Leur premier réflexe, nous y sommes souvent confrontés chez spintank, est souvent le suivant : “pouvez-vous me nettoyer tout ça ?”. Le tout ça vaut pour ces contenus négatifs, ces choses qui trainent sur vous, et ce reflet imparfait de qui vous êtes, vous entreprise, vous personnalité. On vous propose alors un savant mélange de productions de contenus positifs, de netlinking, d’attaques en justice ou menaces d’avocats sur des contenus, pour enlever ce qui n’est pas bon. On nettoie. Par des procédés techniques.
Mais une réputation, ça ne se nettoie pas. Ça se construit.
Les mesures techniques, dans un univers où l’expression personnelle en réseau, et la volumétrie de publication de contenus est souvent, sur une entreprise, une marque, extrêmement abondante, très mouvante, croire que l’on peut résoudre la problématique de la trace numérique de la réputation de cette entité par de simples mesures techniques est une illusion, ou pire encore. Un attrape gogo, un surf sur une peur, l’entretien de l’ignorance par une illusion techniciste.
Non, une réputation, ça se construit. Non, une réputation, une e-réputation, ça ne se nettoie pas. Bâtissez des petits murs, des pages de contenus, face à une expression négative massive ? Vous verrez revenir vers vous la vague, inexorable. De petits murs techniques, face à l’expression potentielle de milliers d’individus, de journalistes ? Non, ça ne tient pas. Je parle de vécu. Nous avons vu des entreprises lâcher des dizaines de milliers d’euros dans des mesures techniques sans jamais elles-mêmes ouvrir le moindre compte ou tenter de réfléchir. Et se plaindre, quelques mois après, que ça ne servait à rien. Lignes maginot.
Comment la construire, alors ? D’abord dans les actes de l’entreprise, sa qualité de service, ses produits, sa conduite, la satisfaction de ses parties prenantes. Ensuite dans la valorisation active de ces actes en ligne, dans leur narration, leur incarnation dans l’espace public numérique. Le web est ouvert, il s’y exerce un rapport de force de l’information. L’entreprise y a sa place, comme tous les autres. Elle n’y a pas le droit de trafic, de bidouillage, qui peut se retourner contre elle. Elle y a en revanche tout à fait le droit d’agir, en égalité avec les internautes, voire avec un pe ud’optimisation, en SEO, en netlinking, ne soyons pas naïfs. Mais ce n’est qu’un petit chouia du boulot à effectuer.
Chers responsables de la communication, chers journalistes, ne croyez pas ces rigolos. Ils vous racontent des misères, et vous prennent de l’argent pour pas grand chose.
2. Et si on parlait un peu du positif ?
Dans le document du GFII, on ne liste que des menaces. C’était la commande. Elles sont au nombre de 16. Tout ce que des internautes peuvent faire en ligne qui peut metrte en péril la réputation d’une entreprise. Bonjour l’ambiance !
Aucune entreprise au monde ne fait l’objet que de contenus positifs. Aucune entreprise au monde n’a rien à se reprocher. Toutes les entreprises font des erreurs. Sur chacun des banques françaises, en ligne, on lit des horreurs de services clients désastreux, de prix trop élevés. Chacune a agacé à un moment un groupe d’intérêt qui s’est mobilisé. Pour les dirigeants, c’est violent. On n’est plus protégé. On se prend un reotur d’image en pleine poire.
Mais enfin, ce n’est pas tout. A côté des expressions de clients mécontents, on a plein d’exemples de fantastiques soutiens de clients satisfaits, de fans de marques, de personnes exprimant leur reconnaissance à une entreprise, à une marque, à un service, à un produit. On en voit tous les jours. Parlez à Rancilio de la communauté des amateurs de la Silvia, la meilleure machine à café au monde ? Des centaines de vidéo, fières, passionnées, produits sur Youtube ? Des forums sans fin de ceux qui la personnalisent, l’entretiennent, et convainquent à leur tour d’autres de l’adopter ? Parlez à Apple de ses fans en ligne.
Le web est une fantastique opportunité pour le développement de la réputation des entreprises. Voilà enfin l’opportunité, réelle, de se mettre enfin en contact direct, permanent, à grande échelle, publiquement, avec ses clients. Voilà que les marques peuvent descendre dans la rue, d’égal à égal avec leurs consommateurs, et engager un dialogue réel.
En ligne, je dirais que l’immense majorité du contenu négatif produit sur les entreprises est légitimement motivé, par une expérience décevante, mais surtout le mur blanc qu’opposent les entreprises à cette insatisfaction. Ils s’entraident, ils collaborent, ils se serrent les coudes. Et quand, surprise, l’entreprise leur propose une écoute véritable, incarnée, ouverte, souvent, ça marche.
Pas d’angélisme. C’est difficile. Souvent, il faut y aller progressivement. Changer ses habitudes installées depuis longtemps, adapter son organisation, sortir de sa zone de confort. Mais l’écosystème est là, durablement installé. Chercher des nettoyeurs, c’est s’acheter un répit illusoire. Ce qu’il faut, c’est y aller. avec méthode et sérieux.
Il serait temps que l’on s’y mette. Avec réalisme, mais volonté. Des entreprises passent ce cap, gèrent les micro-crises qui émergent en ligne, en apprennent, développent leur présence. Elles sont trop peu nombreuses, la majorité pensant encore trop souvent le web comme une simple menace, et pas une opportunité géniale. Et si on prenait exemple sur les premières ?

Complètement d’accord avec cette analyse… qui n’aborde que la gestion de la réputation en ligne des entreprises.
Les choses sont assez différentes lorsque l’on aborde la gestion de la réputation en ligne des particuliers. Et le nettoyage peut avoir plus de sens dans ce cas là, notamment en cas de diffamation par exemple.
Pour les entreprises, mes recommandations vont exactement dans le même sens :
Même si vous n’avez pas d’activité sur internet, vous y êtes certainement déjà présent : d’autres parlent de vous.
Alors développez une stratégie de présence, intelligente, adaptée.
Ecoutez ce qu’il se dit et ce qu’il se passe (sur vous, votre secteur, vos concurrents) avant d’intervenir.
Participez aux conversations.
Lancez des conversations.
Repensez également votre stratégie de communication en ligne, afin de raconter plus sereinement ces histoires qui vous ressemblent et qui intéressent les gens, parce qu’utiles.
L’ensemble jouera sur l’amélioration de votre réputation en ligne.
Et arrêtez de vous focaliser sur les commentaires négatifs. Ils existent, et c’est bien, parce que la vraie vie est ainsi faite : on ne peut pas plaire à tout le monde.
Merci pour ce billet, à la fois plein de bon sens et “positif” sans être angélique.
Ca me conforte dans mon opinion que le terme d’e-réputation fausse la vision et débouche sur une position défensive (on “défend” sa réputation). Malheureusement, ça correspond encore à une mentalité encore bien ancrée dans les entreprises et beaucoup d’agences préfèrent donner à leurs clients ce qu’elles veulent entendre plutôt que de les faire évoluer…
Le commentaire d’Eric montre que certaines agences ont un discours plus courageux, tant mieux !
[...] Une e-réputation, ça ne se nettoie pas, ça se construit – Spintank [...]
[...] n’est faite que d’identification de risques, d’oubli numérique ou de nettoyage. Quid de ma transparence, de l’honnêteté et de l’éthique [...]
Bel article que je rejoins complétement.
L’honnêteté et l’éthique sont 2 valeurs à ne pas négliger.
Le Web n’est pas un bouche trou : “Bonjour, je suis Léon, le nettoyeur !”
Excellent post.
Je crois de plus qu’il va y avoir un effet additionel qui est lorganisation des consommateurs en communauté. Je lance actuellement une nouvelle idée autour de la structuration des consommateurs et que je vous engage à regarder car je pense que cela représente une étape supplémentaire de type social computing 2.0. Imaginez un “consu pedia” qui permettrait de collecter des informations supplémentaires en + et en – (sorte de mémoire collective) et permettrait de les mettre en rapport avec les valeurs déclarées des consommateurs. Cela donnerait un avis sur chaque achat en cours pour dire si la marque, le produit, correspond effectivement à vos valeurs. Chacun serait ensuite lire de choisir mais en connaissance de cause. Cela devient un contre pouvoir face à la publicité de plus en plus ciblée.
Evidemment les nettoyeurs seront complètement inopérants si on met en place une gouvernance type wikipedia…
Qu’en pensez vous?
Henry
[...] ne se construit pas une bonne ou une mauvaise réputation sur un instant t . En revanche, un fait peut [...]
[...] Une e-réputation, ça ne se nettoie pas, ça se construit., via Spintank [...]
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Pour sensibiliser mes clients sur le fait qu’une e-réputation se construit d’abord par des actes tangibles, j’emploie souvent l’image d’un disgracieux champignon poussant au beau milieu d’un gazon anglais.
Couper le champignon ne sert de rien car, immanquablement, un autre champignon apparaîtra.
En réalité, il vaut mieux s’intéresser aux raisons pour lesquelles le sol produit des champignons (sol spongieux, présence de racines, etc.) et s’y attaquer en gardant en tête que la présence des champignons n’est que la manifestation d’un problème, non le problème lui-même.
De même, mettre 3 couches de peinture sur un mur qui se lézarde est vain, voire stupide, si l’on ne s’attaque pas aux causes de cet affaissement.
Même chose pour les entreprises : il est certes légitime de vouloir être présent sur Google sous un jour favorable et, pour ma part, je ne pointe pas du doigt ceux qui, par diverses méthodes de production de contenus et de SEO, font du “Google Cleansing”. Mais ce lifting doit être précédé d’une phase d’analyse du problème et de correction réelle des points épineux. Rien n’est plus fort que de pouvoir se présenter à ses clients en disant ” il y a eu des problèmes, nous vous avons écouté et voici les mesures concrètes que nous avons prises pour les corriger”.
[...] un billet récemment, et dans une publicité, qui est parue aujourd’hui dans Stratégies : une e-réputation, ça ne se nettoie pas, ça se construit. On nous objecte : oui, mais comment ? Sous l’air de dire : c’est bien beau de nous [...]
[...] finir, je reprendrais cette citation de Spintank qui va jusqu’à appeler ça un attrape gogo: Les mesures techniques, dans un univers où [...]
[...] péjorative à l’heure actuelle, en tout cas dans le domaine de la veille d’opinion (voir le billet référence de Spintank à ce sujet), il est intéressant de constater que cette agence souhaite elle voguer [...]