Comme toute activité ayant trait à la maîtrise de l’information, la veille d’opinion sur le web nécessite une connaissance fine de l’environnement d’investigation. Au-delà du simple catalogage de sites, il est important de savoir comment les différentes parties prenantes s’organisent et comment elles interagissent.
Ces aspects sont fondamentaux si l’on veut comprendre comment une information circule et peut être traitée en fonction des publics concernés : qui risque de relayer une information néfaste pour l’image d’une marque ou une institution ? Sont-ce des journalistes bien implantés sur les réseaux sociaux ou un réseau d’obscurs blogs conspirationnistes ? Qui, au contraire, peut prendre position favorablement ? Sur quels espaces ?
Une approche qui nous semble pertinente, à Spintank, et qui permet une visualisation à la fois concrète et dynamique de cet environnement, est celle de la représentation cartographique.
Prendre en compte la réalité du terrain
Posons tout de suite quelques réalités méthodologiques : on le dit ici, le web bouge. Et oui : on ouvre des blogs pour avoir des com’s, on crée des pages Facebook mal orthographiées, on invente Twitter, on ferme des blogs… Une cartographie ne peut donc représenter qu’un environnement à un moment t, et doit régulièrement être mise à jour.

Cela étant dit, l’objectif de la cartographie reste d’abord de donner une vision globale d’un environnement en faisant apparaître les différents territoires d’expression et les communautés à l’œuvre, suivant leurs thématiques d’intervention. Ce n’est donc pas parce qu’un ou deux blogs auront disparu que l’intérêt stratégique de la carte sera remis en cause.
Autre élément à prendre en compte : sur quels critères se baser pour considérer tel ou tel espace comme central au sein d’une communauté ? Le Pagerank c’est dépassé, les formules divisant la racine du nombre de tweets par l’Alexa Traffic Rank trop compliqué… Il faut donc trouver des indicateurs de mesure pertinents, qui soient à la fois simples et suffisamment intelligents pour donner des clés de compréhension.
Les discussions ne sont pas toujours là où on les attend
Prenons l’exemple des forums : Saviez-vous que sur Caradisiac (un des principaux forums auto) il y a quand même 598 topics dédiés aux jeux vidéo ? Et qu’à côté de ça, sur Jeuxvideo.com, on y parle aussi politique (et pas pour élire un chef de guilde dans World of Warcraft) ? Quant à Doctissimo, on discute œnologie entre deux topics santé.
Certaines communautés, dont on ne soupçonne a priori pas l’existence en ligne, peuvent aussi se révéler via une représentation cartographique et le découpage fin des acteurs qu’elle permet : les avocats spécialistes du droit de l’environnement, les pères au foyer, les skyblogueurs passionnés par l’armée de l’air…
D’accord, ces internautes ne se retrouvent pas chaque matin dans le top Wikio ou les trending topics de Twitter. Souvent, il s’agit de communautés très spécifiques, qui forment de petits noyaux isolés sur la Toile, qui n’émergent pas au premier regard. Et qui peuvent rester dans l’ombre sans le travail d’investigation et de représentation adéquats.
Mais il s’agit aussi de communautés qui, par leur profil atypique, constituent des points d’attention incontournables : leur expertise, leur regard original ou leurs connexions avec d’autres espaces peuvent en faire des espaces stratégiques à veiller.
It Is Not a Gadget
C’est joli une cartographie : plein de couleurs (de préférence flashy), des traits qui partent dans tous les sens, des gros ronds, des petits ronds… on dit « waow » et… et quoi ? Bien construite, une cartographie doit permettre de répondre, en un coup d’œil, aux trois questions : Où ? Qui ? Quoi ? desquelles découlera la pertinence de la veille mise en œuvre.
Et sans analyse pour la porter, une carte ne veut rien dire : il s’agira alors de comprendre les communautés qui s’expriment (les espaces, le positionnement allié/hostile…), les thématiques abordées (tonalités, circulation argumentaire…), ou tout autre angle jugé pertinent pour comprendre l’écosystème représenté.
Autant de sujets abordés dans de prochains billets… En attendant, quelques ressources utiles sur le sujet :
- Mapping online publics (projet de recherche autour des créateurs de contenus sur les réseaux sociaux australiens, de l’université de Brisbane)
- « Cartographier les réseaux sociaux » (publié sur Knowtex, réseau social de la culture scientifique et technique)
- « Cartographie : la blogosphère d’extrême-droite » (avec les polémiques qui peuvent surgir…)
- « Cartographie de la blogosphère d’extrême-droite » (par les étudiants de l’Ecole Supérieure de Journalisme de Lille)
- « A full-text visualization of the Iraq War Logs » (Jonathan Stray est journaliste technologique)
- Graph Visualization Software References (annuaire d’outils si vous voulez vous y mettre…)
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