Raison d’être cherche manière d’agir

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Et si l’arrêt de la revue Le Débat nous en apprenait davantage sur la raison d’être des entreprises… Savoir se réinventer pour survivre, n’est-ce pas avant tout pour les marques une question de manière d’agir que de raison d’être ? On vous en parle dans notre dernière newsletter. Extrait ci-dessous, abonnement par ici.

Raison d’être cherche manière d’agir

Depuis un an, de très nombreuses entreprises autour de nous se sont dotées d’une « raison d’être ». La platitude de la formulation trouvée, qui résume pourtant une question fondamentale, nous interroge. Pour nous, le sujet qui est posé aux entreprises est moins dans leur raison d’être que dans leur manière d’agir.

Un épisode d’actualité vient confirmer cette intuition. Vous l’avez peut-être remarqué : Le Débat, la revue intellectuelle fondée par Pierre Nora et Marcel Gauchet, en 1980, a annoncé qu’elle arrêtait de paraitre, pour son dernier numéro. Beaucoup ont vu dans cet arrêt le signe de fin d’une époque, d’un monde où la disputatio, éclairée, balancée, ouverte, contradictoire, était possible. La confirmation que, décidément, rien ne survit de solide et sérieux dans ce monde numérisé, où le débat, avec la démocratie, va mal. Que les institutions tombent, les unes après les autres.

Comme si cette revue, cette institution du paysage intellectuel français avait perdu sa raison d’être. On peut lire cela comme une leçon, ou une menace, un memento mori, à destination de ceux qui se considèrent comme des institutions indéboulonnables. On peut lire aussi ceci de manière volontaire, ou optimiste. Le problème n’est pas la raison d’être du Débat, marque admirable et juste, qui est plus valable que jamais, mais bien la manière d’agir.

Le format de la revue n’avait en effet pas changé en 40 ans, de même que son public. Elle correspondait à un projet, un esprit, des hommes et un moment. Ce moment d’une recomposition intellectuelle, des années 80 post marxistes à aujourd’hui. C’était un projet qui avait du mal à trouver son public, dans un contexte de débat qui a beaucoup changé, en 40 ans, alors que la forme de la revue demeurait immuable. Pierre Nora, dans son éditorial de fin, fait ainsi un appel à de nouvelles formes, qu’il avoue n’avoir pas su inventer. Nous pensons comme lui que de telles modalités d’un débat public renouvelé existent, que le numérique en propose à foison et que la marque pourrait demain s’y réinventer.

La disparition du Débat porte bien une leçon. On croyait que c’était une institution, mais ce n’était qu’une aventure. Toute marque a tendance à croire qu’elle peut durer sans discontinuer. Beaucoup sont en vérité très menacées, dans la grande recomposition numérique en cours.

Chaque marque, chaque institution, chaque entreprise nous semble devoir moins aujourd’hui reposer sa raison d’être (si elle est difficile à trouver, c’est un vrai problème) que de savoir ajuster sa manière de faire, dans ce monde bouleversé. Ce peut être une chance, si on accepte de la saisir.

Pour aller plus loin, on vous recommande :

  • La lecture de ce dernier numéro du Débat, et pas uniquement pour les pages 121 à 129, mais bien par le panorama passionnant de 40 ans de vie intellectuelle qu’il propose (Gallimard).
  • Cette interview de Marcel Gauchet dans l’Obs, qui nous dit surtout « il faut trouver une autre formule ».
  • Une relecture des enjeux de la raison d’être des entreprises à l’aune de la crise que nous traversons (The Conversation).
  • Une discussion sur le risque de disparition des marques dans l’espace public (Usbek & Rica).

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